Qu'est que la Thrombocytémie Essentielle


La T.E. est une maladie clonale, d’origine génétique. Héréditaire ou non, le débat reste ouvert.

La moelle osseuse fabrique en permanence trois lignées de cellules sanguines :
  • Les érythrocytes ou globules rouges
  • Les leucocytes ou globules blancs
  • Les plaquettes ou thrombocytes.
Les plaquettes ont pour fonction de permettre la coagulation du sang lorsqu’un vaisseau sanguin est endommagé accidentellement.

La T.E. se caractérise par une multiplication anarchique des mégacaryocytes, les précurseurs des plaquettes dans la moelle. Cette prolifération des mégacaryocytes entraîne une augmentation du taux de plaquettes dans le sang. On parle alors d’hyperplaquettose.

Le taux de plaquettes dans le sang se mesure en Unités de plaquettes par µl de sang.

L’hyperplaquettose provoque deux types d’effets :
  1. L’augmentation des mégacaryocytes entraîne dans la moelle osseuse la présence d’un grand nombre de ces cellules qui ne deviendront jamais adultes, mais qui encombrent la moelle, on parle alors de présence de micromégaryocytes. Cette prolifération entraîne une baisse des taux de hématies et des leucocytes. C’est donc une évolution vers une leucémie aiguë , pronostic létal à terme.
  2. L’augmentation excessive du nombre de plaquettes dans le sang entraîne une probabilité d’obstruction des vaisseaux sanguins. Cette éventualité dépend non seulement du nombre de plaquettes, mais aussi de leur charge en thromboxane, la substance qui provoque la coagulation. Les thromboses peuvent se présenter dans les micro-vaisseaux superficiels ou sur les organes internes, en particulier dans la sphère digestive . Les thromboses peuvent aussi toucher des artères plus importantes telles que les carotides ou les coronaires.
Les diagnostic de la T.E. :

Ce qui va provoquer la recherche diagnostic, c’est la constatation d’une hyperplaquettose. A ce jour, il n’est pas habituel de prescrire une numération formule ( NF ) dans le seul but de rechercher une hyperplaquettose. Cette observation se fait par hasard, alors que la NF a été prescrite pour rechercher une anomalie sur une des deux autres lignées. Le diagnostic de la T.E. se fait par élimination.
Taux normal de plaquettes : TP entre 150 000 et 400 000 P/µl
Taux considéré comme pathologique : TP > 600 000 P/µl

Procédure d’élimination :
  1. Deux NF à un mois d’intervalle.
  2. Recherche d’hyperplaquettose consécutive à une cause accidentelle :
    ▪ Syndrome inflammatoire
    ▪ Carence en fer
    ▪ Splénectomie
  3. Elimination des autre formes d’hyperplaquettose.
    Trois formes d’hyperplaquettose sont connues :
    • La LMC ou leucémie myéloïde chronique. Elle se caractérise par une translocation des chromosomes (9,22). Le résultant est appelé chromosome de philadelphie. Il est porteur du gène Bcr-abl. Celui-ci sécrète la tyrosine kinase, responsable de l’hyperplaquettose. Un inhibiteur de la tyrosine kinase, nom commercial GLIVEC ou GLEEVEC selon les pays, nom générique STI 571, donne à ce jour de bons résultats et permet de repousser l’échéance de la transformation de la maladie en forme aiguë. Le GLIVEC existe depuis plus de 10 ans, il vient d’être autorisé en France fin 2003. C’est la présence du chromosome de philadelphie détecté par un caryotype qui signe la LMC.
    • La splénomégalie se traduit par une augmentation importante du volume de la rate. (Rappelons au passage que la rate est chargée de l’élimination des plaquettes mortes.)
    • La polyglobulie de Vaquez. Les mégacaryocytes, polyploïdes, deviennent géantes. C’est l’examen de la biopsie qui permet de confirmer ce symptôme.
    Toute hyperplaquettose qui ne peut pas être classée ci-dessus est déclarée Thrombocytémie essentielle. C’est dire que sous ce nom s’identifieront dans l’avenir des maladies d’origines différentes, lorsque la recherche aura progressé.
  4. L’examen microscopique de la moelle par biopsie, permet de qualifier l’hématopoïèse du malade, donc de confirmer le diagnostic.
Le nombre de malades atteints est très incertain, faute de diagnostic. On parle de 2 000 en France et de 20 000 en Europe. Ces chiffres sont certainement très inférieurs à la réalité. Seuls quelques services d’hématologie « pointus » renseignent la statistique. Les décès survenus à domicile ou dans des services hospitaliers généraux sont oubliés.

Le traitement :

Un médicament produit au USA donne de bons résultats : l’anagrélide chloride. Il en existe deux versions commerciales : le XAGRID et l’AGRILIN. Ce produit freine le clonage des mégacaryocytes sans toucher aux autres lignées. Ce médicament est utilisé avec succès aux USA. Il a obtenu l’agrément de l’agence européenne du médicament en juillet 2003. La suisse le commercialise depuis des années. La commercialisation en France devra attendre l’accord du Ministère de la santé.
La doctrine en France est : prescrire une hydroxyurée (hydréa), chimiothérapie classique, avec à terme des risques de destruction sur l’ensemble de la moelle.
D’autres molécules ont été utilisées, mais sont progressivement abandonnées.

21/02/2004